OreilleG100

La Baraka d'un FFL 40



44. BAC  NINH

19-9-53: Ai quitté KE SAT, vers 9 h 15, et suis arrivé directement à BAC  NINH à 11 h. Fait la connaissance du Lt NEVEUX, que je dois remplacer ici. Je prends la 126eme Batterie de position, à partir du 21, plus l'Artillerie du Secteur de BAC NINH. Cet ordre est amusant, car, du fait que je suis le seul Officier, habilité à préparer les tirs, il me sera impossible, de me déplacer. Je prends mes repas à la Légion (1/3 REI) (Commandé par le Cne WAGNER). J'épouse, d'entrée, les traditions de la popote, ce qui n'est pas pour me déplaire. Popote très sympathique, n'engendrant pas la mélancolie ! " Un coup pour la poussière " ; et l'on éclaircit sa voix." Tiens, voilà du boudin", chanté en choeur, avec entrain, avant chaque repas, au garde à vous.

....... 2-10-53: Gros retard dans mon journal de marche personnel. Ai été très occupé, ces derniers temps, à aménager mon PC de tir, tel que je le veux, en commençant par un quadrillage soigné, me donnant la précision graphique de moins de 20 mètres, par rapport aux calculs les plus élaborés.

 Donc amplement suffisante, en raison de la méchanceté inhabituelle, des éclats de mes obus de 105 français, tirés par des canons longs, Modèle 36, à une portée théorique de 16 Kms.

 25-10-53: Enorme activité, pour installer mon PC de tir, tel que je le désire, pour travailler vite. En tant qu'ancien des FTA, mon unité de temps est demeurée la seconde ! Il m'a fallu, pour cela, y consacrer un nombre incalculable d'heures de travail.

 Heureusement, mon Adjoint, l'Adjudant RICHARD, toujours souriant, consciencieux, et compétent, m'a déchargé de la paperasse, pendant ce temps-là. Je me suis même confectionné, des abaques en couleurs, d'après la table de tir, pour obtenir rapidement et graphiquement, des préparations plus poussées, si le temps le permet.

 Nouveauté, par rapport au 105 HM2 américain, dont la portée théorique ne dépasse pas 12205 yards, la portée du 105 long français, dépasse largement les 16 Kms, lorsque la température voisine les 25°, et que le vent n'est pas contraire.

 17-12-53: Réellement curieuse, cette fonction de Cdt de l'Artillerie de Secteur, de Cdt de la 126eme Bie de Position, de superviseur des mortiers de 120 du Fort Chinois, chargé de la mise en direction des canons des chars, lorsqu'ils viennent. On ne sait plus, où donner du gisement !

 Paperasses de surcroît. Visites à l'improviste. J'aime celles du Lt-Cel PRIGENT, dont je connais les difficultés, mais qui comprend les nôtres, sans, faute de moyens, pouvoir y remédier. Au moins, avec lui, on peut s'expliquer. Avoir 85 postes à protéger, dans la région BAC NINH -PHU LANG THUONG, tenus par des Légionnaires et des Tirailleurs, sans compter les très nombreuses autodéfenses. Ne pouvoir dormir, souvent, que deux heures dans la nuit, et trois heures dans la journée. Faire donc tout son possible, pour qu'aucun ne tombe, est déjà, pour un seul Officier, un exploit physique étonnant.

 Etre aidés moralement, par des éléments, dont la survie ne dépend que de nous, est d'un grand réconfort. Je ne suis pas peu fier, d'avoir été proposé, pour le grade de CAPORAL HONORAIRE DE LA LEGION (C'est le Colonel PICARDAT, qui l'a été, il n'y avait qu'une seule place !)

 Savoir que les Etats -Majors d'HANOI, regorgent d'Officiers qui, pour tenter de justifier leurs fonctions, nous inondent de notes de service inutiles, voire même nuisibles, est autrement déprimant.

 Se fatiguer, jour et nuit, pour un travail utile et payant, j'adore cela. Mais recevoir des visites, à l'improviste, d'Officiers supérieurs d'Etat -Major, être interrogé ridiculement, sur de mesquins points de détail, en présence de ses hommes, qui arrivent à se contenir (pas à mon détriment), leur faire perdre du temps, m'en faire perdre moi même, cela je ne l'admets pas et ne l'admettrai jamais.

 Bluffer, pour être tranquille, même intelligemment, je ne veux pas en entendre parler, ayant horreur du mensonge, d'une part, d'autre part, constatant les ravages désastreux du bluff, sous quelque forme que ce soit.

 J'espère, de plus en plus, que l'esprit FFL, dans lequel, j'ai été formé, reprendra le dessus. Efficacité, efficacité, vitesse d'exécution, foin du détail.

 J'avais donc à la batterie, un dossier" MEPRIS", dans lequel, je plaçais les notes de service inutiles, inexécutables, faute de moyens," Y A QU'A".

 A un Colonel d'Etat -Major, qui me demandait de me justifier, je lui ai sorti, au hasard, une note de service, désespérément longue, écrite, sur l' OUVERTURE DE ROUTE. L'idée générale était, que la batterie maintiendra ses tubes sur l'ouverture de route, afin de pouvoir intervenir, au plus vite, en cas de besoin." Qu'avez-vous à reprocher à cette note ?", m'a demandé le Colonel, surpris d'entendre, qu'elle ne tenait aucun compte des réalités, du fait, qu'ici, à BAC NINH, j'avais " treize " ouvertures de route simultanées à surveiller, en écoute permanente.

 Ne désirant certainement pas, être contré, une fois de plus, d'une manière aussi flagrante, il ne m'a pas demandé, à voir les autres notes de service, qui, elles non plus, ne risquaient pas de gagner la Guerre d'INDOCHINE.

 Par chance, une demande de tir immédiat est arrivée, pendant sa présence, et il a été plutôt étonné, par la vitesse d'exécution. Quarante secondes plus tard, les quatre premiers coups partaient; les 16 suivants ne tardaient pas, tout le monde ayant entendu à la radio:" En place, efficacité".

 Aucune note de service, n'avait été consultée, pour arriver à ce résultat: uniquement le désir de chacun, de satisfaire le fantassin, et de créer la panique chez l'adversaire.

 A la 126eme Batterie de Position, j'avais une chance extraordinaire. Côtoyer le 1/3 REI, ayant toujours des moyens suffisants, des réparateurs rapides et efficaces.

J'assurais, bien sûr, l'écoute permanente à la radio, sur le réseau Artillerie. Si d'aventure, mon poste tombait en panne, un coup de fil à la Légion, qui m'apportait, sur le champ, un poste de rechange, prenait le mien et me le réparait, dans les meilleurs délais.

 Le Chef de Bataillon, ayant une confiance totale en nous, nous avait fourni également, un poste, pour écouter, en même temps, le réseau Infanterie. (Ce qui ne surchargeait pas notre travail, du fait que nous étions en écoute permanente artillerie). Pour ce poste, une pile neuve nous était fournie, chaque matin. Celle, que nous avions utilisée 24 heures, repassant sur des réseaux secondaires.

 Si quelque chose d'important, était entendu sur le réseau Infanterie, un simple coup de téléphone, jour et nuit, le Chef de Bataillon était, tout de suite, au courant. La Légion se faisait également un plaisir, de s'occuper de nos petites réparations courantes, de faire nos échanges d'habillement, de nous fournir des camions supplémentaires, pour les ravitaillements en munitions de 105, à HANOI.

 Normalement, pour toutes ces questions matérielles, j'aurais dû passer par la BCS, dont je dépendais, y compris les munitions. Dans la réalité, mes visites à la BCS, à HAI DUONG, étaient plutôt rares, ma batterie marchant très bien, sans que je sois obligé d'y aller.

 Le gros ennui, en effet, était que cette BCS était à HAI DUONG, à mi-chemin entre HANOI et HAI PHONG. Effectuer une liaison avec la BCS, était donc, toute une expédition. De toutes façons, à l'aller, et au retour, il fallait passer par HANOI, à mi-chemin entre BAC NINH et HAI DUONG. De plus, le trajet HANOI -HAI DUONG était assez dangereux, à cause des mines, dont les mines à crémaillères, tant redoutées.

 Mon plus gros problème, étant le ravitaillement en munitions de 105, (Il n'était pas rare, que j'aie tiré 300 coups, dans une seule nuit) je me suis vite aperçu, qu'en obus de 105 français, c'était le dépôt de HANOI, qui ravitaillait HAI DUONG, où j'aurais, régulièrement, dû aller m'approvisionner.

 J'étais sorti 32eme sur 32, à mon premier peloton d'Aspirants, en ANGLETERRE: d'accord ! Mais je me rappelle encore des paroles de notre Commandant BOYER DE CONCHARD, à l'issue du stage." BON SENS ET SENS PRATIQUE". Non seulement, je m'en suis souvenu, mais j'ai toujours essayé, dans ma petite sphère, de les mettre en application.

 En prenant mes munitions, directement à la source, c'est à dire, à HANOI, je leur évitais le voyage dangereux et inutile, long et coûteux: HANOI -HAI DUONG et retour. Le Responsable du dépôt de HA NOI était intelligent. Ayant compris mon problème, et disposant d'un stock énorme, pour les rares 105 long français en service, j'ai toujours été servi, et en toute célérité.

 En raison de l'énorme consommation de ma batterie, qui avait tant de postes et de patrouilles à protéger, nos visites à ce dépôt, étaient particulièrement fréquentes. Efficacité, efficacité, ma hantise ! Avec le Colonel LALANDE, qui commande, maintenant, le 3eme REI, on va peut-être, y arriver.

 Dans mon journal de marche, figure la journée du:

 17-12-53: Mon Adjudant RICHARD est parti en DLO, ce matin, dans les PINS PARASOLS. Quelques VM intéressants ont été capturés. Dans la soirée, j'ai mis en place, des tirs d'arrêt, qui sont tombés, là, où on les attendait. C'est le principal ! Jusque 22 h 30, environ, nous étions en alerte, au profit du poste de DINH SON. Rien de grave. Nos éléments sont rentrés, sans histoire.

 3-2-54. Encore un mois et demi de passés, à une vitesse vertigineuse. Mon travail, jour et nuit, m'absorbe totalement. Surtout, depuis trois semaines, où les VM sont particulièrement actifs, dans le secteur. Je tire moins qu'à KE SAT, c'est un fait, mais ici, les servitudes sont trop lourdes, pour un Officier seul. Et il m'arrive, de me sentir un peu déprimé. La résistance physique a des limites !

 Beaucoup de changements, ces derniers temps, tout autour de nous. Le PC du Secteur a été complètement remanié, et comporte une multitude d'uniformes. La réadaptation est un peu difficile.

 Le 72eme BVN est parti, pour la région de MY TRACH. Le 1/3 REI occupe les deux anciens S/Secteurs de BAC NINH, pour ne plus en former qu'un seul. Depuis très peu de temps, le Cne CHABRIER est venu me rejoindre, pour se mettre au courant, du travail de Commandant de batterie de position et, peut-être aussi, pour me remplacer. Qui sait ?! Il vient des FTA. Nous nous entendons parfaitement, et cela commence à me soulager.

 Je vais enfin pouvoir sortir un peu. Depuis que je suis à BAC NINH, je n'ai pratiquement pas pu bouger. C'est aujourd'hui LE TET. Nos hommes (9 sur 10 sont des Vietnamiens) sont au repos, aujourd'hui et demain, section par section.

 Chaque poste dispose d'un calque au l/25000 (l'échelle de nos excellentes cartes d'ici, et dont il dispose) des tirs d'arrêts le concernant, avec les noms de baptême que je leur ai donnés. Chaque poste dispose, aussi, du baptême du terrain, concernant chaque point intéressant. Un nom de baptême par poste, et un n° par tir, ou par point. Les communications sont ainsi, non seulement simplifiées, mais évitent les erreurs de coordonnées. Il est plus facile de dire" Déclenchez" ST FRUSQUIN 14", que de dire:" Je désire un tir en 365-682. L'adversaire possède nos cartes, et sait lire les coordonnées passées en clair. Il ne connaît pas ST FRUSQUIN 14, et ne le saura, que trop tard, quand les obus sont déjà sur le terrain.

 Mon baptême des tirs et du terrain, donne entière satisfaction à mes Chefs de Bataillon, et aux chefs de poste.

.  L'  ETAT -MAJOR, semble PENSER, QUE, CE N' EST PAS MAL !, et pense à cette question, pour tenter de l'améliorer, bien sûr. (Puisque c'est son travail de penser) et, pour marquer de son sceau, cette trouvaille, me demande des calques au l/5000!!!.

 Et qui ?, fera, l'agrandissement (INUTILE)de tous ces calques ? Moi, bien sûr ! Qui voulez vous que ce soit ! Or, je n'en ai, ni les moyens, ni surtout le temps nécessaire. Donc impossibilité, une fois de plus, de satisfaire les " caprices ", de l' ETAT MAJOR. On se demande parfois, qui a donné l'ordre, d'essayer, de saper le moral !

 5-2-54. Visite du nouveau Chef d'Escadron de l'A. D. 2.

 7-2-54: Le Cne CHABRIER et l'Adjt RICHARD, partent, en DLO, à CHI LONG. Ils rentrent le lendemain, pour repartir à PHUONG MAI, sur la RP 18.

 8-2-54: Visite du Cdt CANIONI et du Cne DE LATOUR.

 9-2-54: Opération dans le TRUNG SON, appuyée par la 126eme Bie de Position, le 1/RACM et le 3/41eme RAC. A 16 h, le Cne CHABRIER et l'Adjt RICHARD rentrent de DLO, remplacés par un Lt de la 1ere Bie du 1/4eme RAC (Actuellement implantée à BAN YEN NHAN) (Au lieu de LAC DAO, où elle était trop exposée).

 10-2-54: Arrivée du MDL SCHAFF, destiné à la Section de Mortiers de 120.

 11-2-54: Tir aux armes individuelles. M'en suis bien tiré.

  13-2-54: Suis enfin allé en DLO ! Avec CURSOUX, au piton 40. N'avons eu que quatre blessés par mines. Le Commando 8, du Lt LAMBERT, a été dégagé rapidement. Le soleil brillait, et je suis rentré un peu rouge (Voilà ce que c'est que d'être trop sédentaire !) En fin d'opération, l'assistante Sociale est arrivée, avec de la bière !  La bienvenue !

 Pendant ce temps, visite du Colonel POIX (Qui a remplacé le Lt-Cel PRIGENT) et du Lt-Cel LAURENT, à la batterie.

 L'Adjt -Chef MEIGNE (Echelle 4, donc habilité à préparer des tirs) est affecté à la batterie. Le Commandement a fini par comprendre, que j'en avais sérieusement besoin, pour être un peu plus libre, dans mes mouvements.

 14-2-54: L'Adjt -Chef MEIGNE et l'Adjt RICHARD sont allés en DLO, pour la journée, pour l'ouverture de la route de DUNG VI. Une fois qu'ils étaient rentrés, tir de 64 coups, sur 2 FM, à 1 km, au Sud de la Côte 98.

 15-2-54: Dans la matinée, 95 coups, en 1/4 d'heure, à 1 km, à l'Est de PHUONG MAO, sur un gros passage VM.

 16-2-54: Nombreux tirs au profit de TAN CHUC, DINH SON et PHUC LONG, tout en étant à l'écoute, sur la RP 18. Le Cne CHABRIER est parti, pour prendre ses fonctions, dans le 105 HM2, à LUC DIEN. Maintenant qu'il commençait à savoir servir le 105 Long !

 18-2-54: MEIGNE et RICHARD, en DLO à la Tour de LIM. (Opération dans le TAM SON -TAM TAO). Rentrés vers 18 h 30. Quelques armes récupérées. Tiré seulement quatre coups de réglage.

 19-2-54: Paperasses toute la journée. Il paraît qu'un certain tir, que nous avons effectué, il y a quelques jours, au profit de la milice de TAM TAO, que les V.M. voulaient enlever, a causé 37 morts et de nombreux blessés. Notre Diamond et un GMC sont allés chercher 200 coups à GIA LAM. Le peloton de chars TD, du Camp ERULIN, est arrivé à la Citadelle, en fin d'après-midi. Je suis allé visiter, la section de mortiers de 120, au Monastère (Chef SAIGGE). Vu le Lt -Cel PICARDAT, qui m'a invité, pour Dimanche prochain.

 21-2-54: Convoqué à 9 h 30, chez le Lt-Cel PICARDAT, au Secteur. (Tirs de harcèlement à effectuer dans la journée). Déjeuné là-bas. L'Adjt -Chef MEIGNE a effectué un tir, seul, pour la 1ere fois. Tout s'est bien passé.

 22-2-54: Ce matin, je suis allé en DLO, avec le Lt BRETAUDEAU, du 1/3 REI. Avons poussé, jusque GIA LAM. Déjeuné avec le Cne ROUSSEL (qui commande la Batterie de    10 5 HM2,  à PHU LANG THUONG. RICHARD est parti en permission de 8 jours.

 23-2-54: Ai passé la journée en liaisons: HAI DUONG, puis HANOI (La 1ere fois, depuis 5 mois !)

 24-2-54: Ce matin, en DLO, avec le Cne OUDOT, jusqu'au piton de commandement, près de VINH KIEU, au profit des BCD et milices, opérant dans la région de TAM  SON -HOI   QUAN. Sieste jusque 18 h. Une nouvelle assistante sociale est arrivée.

 1-3-54: Je suis allé à LAC THO, CHI NE, et CAU CHAM, pour des questions de tirs d'arrêt.

 5-3-54: Le MDL GUEDO, qui avait travaillé une partie de la nuit, et toute la matinée (300 coups tirés en 24 heures) s'est plaint, à 11 h, d'avoir froid. Envoyé se coucher, aucune amélioration, et 1/4 d'heure, plus tard, il décédait, à l'Infirmerie de BAC NINH. (Apoplexie cérébrale). C'était un EX COMBATTANT DU BATAILLON    FRANÇAIS     DE  COREE.

 6-3-54; Obsèques du MDL GUEDO, en présence du Cne FRANCOIS de la BCAD 2, représentant le Colonel POIX.

Inspection du matériel d'artillerie par le Cne DELBEC. RICHARD en DLO, à NUI VA.

 8-3-54: Ravitaillement en munitions (500 coups), grâce à 5 GMC, prêtés par le Lt LABORDE (Légion,) (CCR). Fête vietnamienne.

 9-3-54: Ce matin, suis allé en DLO, au piton de commandement, au profit d'une opération de Bao Chin Doan, sur TAM SON. J'avais apporté la binoculaire de la batterie. Ai eu l'occasion, de prendre à partie, un FM V.M., se mettant en place, à un carrefour de diguettes, figurant sur la carte. (L' IMPRUDENT !) Bonnes liaisons radio avec MEIGNE, qui m'a annoncé" Prêt". Dès les premiers coups du FM, les obus sont partis. Le groupe V.M. s'est enfui, sous les obus, et j'ai pu le poursuivre, un certain temps, au canon. Beau spectacle dans  la binoculaire. Résultats payants: 5 fusils, 1 PA, 11 prisonniers (En béret noir).

 15-3-54: Grasse matinée ce matin. Le Chef BONHOMME est allé à HANOI, chercher un appareil de pointage. Dans l'après-midi, visite de l'Aumônier du Secteur.

........ Les trois journaux de marche, que j'ai alimentés de mon mieux, depuis 1945, sont terminés, et je n'en ai plus jamais écrits d'autres. Dans ces pages, je me suis contenté de retranscrire, ce que j'écrivais, au jour le jour, ou presque, avec les faits heureux ou douloureux du moment, les espoirs, les difficultés, les colères aussi, devant les calomnies voulues et les incompréhensions habituelles de LA FOULE, si prompte à se contenter de la facilité, et surtout à changer d'opinion.

 Suivant la qualité des stylos employés, l'écriture est demeurée, bien lisible, difficilement lisible ou alors franchement illisible, malheureusement illisible, dans des périodes intéressantes. Quoiqu'il en soit, la lecture de ces pages, depuis le début de 46, jusqu'à ce jour, peuvent donner une IDEE EXACTE, de ce qui se passait réellement, en INDOCHINE, tout au moins dans les endroits que j'ai parcourus.

 Je ne sais plus à quelle date, le Cne WAGNER, à notre plus grand plaisir, a été nommé Cdt. Ce magnifique 1/3 REI, sera toujours présent dans mes souvenirs, avec ses Officiers extraordinaires, comme JALUZOT que je retrouverai, plus tard, comme ce Sergent -Chef, originaire de l' Africa  Korps de ROMMEL, que j'avais combattu à GABES. Dès que nous en avons été persuadés, nous avons éclaté de rire, et arrosé ça, au bar le plus proche, jamais  bien loin !

  Il tenait un poste particulièrement exposé, mais bien conçu, et pouvant résister à mes obus de 105 instantanés. Il m'est arrivé de le sauver, de mauvaises passes, en tirant en latéral (Là ou le rectangle de dispersion est le plus favorable), sur sa demande expresse" Encore plus près, l'artilleur", réellement très près de lui (En soignant le pointage), sur les V.M. à portée de grenades.

 Encore un cas, où il faut passer outre au règlement, qui interdit tout tir, à moins de 550 mètres des amis. C'est à dire là, où il aurait été parfaitement inutile ! Encore un cas, où l'artilleur doit savoir prendre ses responsabilités, et mériter la confiance totale du fantassin, qui, bien appuyé, est terriblement efficace.

 Le 9-5-54, j'ai passé le commandement de cette bonne 126eme Batterie de position au Cne CHABRIER, revenu. J'ai rejoint le Lt-Cel PICARDAT au Monastère, comme Cdt de l'Artillerie du Secteur de BAC NINH -PHU LANG THUONG. Enfin des facilités pour coordonner les feux de la 126 Bie, de la Batterie de 105 HM2, de PHU LANG THUONG et de la section de mortiers de 120, du Monastère, près de moi.

 Encore une période intense, au cours de laquelle, le manque de sommeil se fait sentir, et puis, brusquement, le 21 Juillet, la guerre d'INDOCHINE SE TERMINE, A NOTRE DESAVANTAGE. NOUS ABANDONNONS NOS VIETNAMIENS SI FIDELES ET SI CONFIANTS !! 92000 tués de notre côté. POURQUOI ? L'ordre est venu de PARIS. On ne tire plus, les V.M. non plus. Ils ne sont pas agressifs, craignant, à juste titre, une riposte qui serait immédiate.

 Fin juillet, je reçois l'ordre de rejoindre HAI PHONG.

 1-8-54. Suis affecté au 4/4eme RAC.

 1-9-54. Je suis rapatriable, par voie aérienne, et suis affecté au DITC de PARIS CLIGNANCOURT, pour compter de la même date.

 7-9-54: Je quitte HANOI, par DC4, à destination de SAIGON, puis le Constellation d' AIR FRANCE à destination de PARIS. Escales à CALCUTTA, KARACHI, BEYROUTH, NICE. Arrivée à PARIS, le 8-9-54.


 
 

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